Par Salomé Parent

Nayla Fahed est professeure de sciences de l’éducation à la faculté des sciences humaines de l’Université Saint-Joseph. Elle est aussi la présidente de l’ONG Lebanese Alternative Learning (Lal). Ce projet, elle en est l’instigatrice. Depuis le début, elle chapeaute l’ensemble du processus de A à Z. Utiliser Tabshoura, c’est relativement facile : toute personne qui le souhaite peut s’inscrire sur la plateforme et avoir accès aux cours disponibles, et ce que l’on soit professeur, parent d’élève ou bénévole dans une association. Tous les cours du programme libanais sont proposés en trois langues, arabe, français et anglais, divisés pour chaque niveau en cinq projets, comme dans le programme officiel.

Genèse

Au départ de Tabshoura, un travail bénévole auprès d’enfants atteints du cancer. « En me rendant à l’hôpital, j’ai pris conscience que leur maladie les empêchait de suivre les cours d’école de façon assidue, ce qui les amenait souvent à décrocher », explique Nayla Fahed. De là lui vient l’idée de créer une plateforme Web pour leur permettre d’avoir accès à des cours depuis leur chambre. L’idée prend vite de l’ampleur et en 2014, l’ONG Lal voit le jour.

Et cette fois, le projet ne concerne pas que les enfants hospitalisés. Les jeunes réfugiés, les enfants de régions pauvres ou encore les élèves en grande difficulté peuvent désormais aussi profiter de la plateforme. « Notre idée, c’est vraiment de permettre à tous les enfants qui n’ont pas la chance d’avoir accès à l’éducation, peu importe la raison, de pouvoir eux aussi aller à l’école, même de façon virtuelle. »

Et les vrais professeurs dans tout cela ? Tabshoura/Kindergarten leur laisse encore largement la part belle. Le projet est pensé comme un complément de l’école traditionnelle, son programme prévoit trois heures de cours par semaine. « On ne veut surtout pas remplacer les profs, il est très important que les enfants soient toujours en face de quelqu’un. »

« On travaille tous ensemble »

100 % gratuit, Tabshoura est encadrée par l’ONG World Vision et ses fonds lui viennent principalement de l’ambassade du Canada au Liban. L’apport n’est d’ailleurs pas des moindres, puisque la plateforme est déjà assurée de pouvoir fonctionner trois ans de manière complètement autonome. « Pour la suite nous cherchons à nous financer en répondant à des appels à projets. » Nayla Fahed est catégorique sur ce point. Pas question de devoir faire payer quoi que ce soit.

Pour l’aider dans son idée, elle peut compter sur un réseau d’amis, de professeurs ou tout simplement de bénévoles, en tout une quinzaine de personnes. Tabshoura est une plateforme interactive, avec des vidéos, du son, de l’image, un travail qui a nécessité l’aide de professionnels très divers. Du professeur au traducteur, en passant par les acteurs des petites saynètes, tous ont d’ailleurs travaillé bénévolement.
Et en plus des cours classiques, Tabshoura a l’ambition de proposer des activités extrascolaires, comme la musique, la peinture ou encore le théâtre. Pour ce faire, la plateforme compte faire appel à des gens extérieurs au projet, pour mettre en place des modules d’un mois. « On voudrait que les enfants aient vraiment le temps de se familiariser avec une pratique, qu’ils n’aient pas seulement quelques heures, parce que sinon, ils risquent de tout oublier ensuite. » Un atelier avec des enfants malentendants est d’ailleurs déjà prévu pour la rentrée…

Ordinateurs

Partie d’un hôpital de Beyrouth, Tabshoura compte désormais s’étendre à l’ensemble du territoire. L’organisation dispose de la liste de toutes les écoles maternelles du pays, et elles sont déjà un certain nombre a avoir émis le souhait de faire partie du programme. D’après les estimations de Nayla Fahed, ils seront environ 1 000 élèves à pouvoir se servir de la plateforme à la rentrée. Et d’ici à la fin de l’année prochaine, ils espèrent bien passer à 3 000 utilisateurs. Lors de la présentation du projet au public, plusieurs dizaines d’écoles ont justement exprimé la volonté de se joindre au projet.

Mais qui dit plateforme dit ordinateurs. Or, comment les enfants des villages les plus reculés vont ils y avoir accès ? D’après la créatrice de Tabshoura, cela n’est pas vraiment un problème. « Maintenant, pratiquement toutes les écoles ont des ordinateurs ! Il y a même certains endroits où l’on a dû les dépoussiérer pour les remettre en marche. » Et puis Nayla Fahed en est convaincue, faire des exercices de mathématiques sur un ordinateur est un très bon moyen de motiver les enfants à travailler.
L’idée de Tabshoura semble donc bien partie, d’autant plus qu’elle peut par exemple permettre à de jeunes Syriens tout juste arrivés au Liban de pouvoir reprendre les cours, et donc peut-être un rythme de vie un peu plus normal. Reste à voir maintenant si la plateforme saura faire face à la demande qui semble déjà conséquente.

 

https://www.lorientlejour.com/article/998211/tabshoura-kindergarten-bientot-partout-au-liban-.html