Par Scarlett Haddad

Nayla Fahed est arrivée à l’action sociale par hasard, mais aujourd’hui, celle-ci occupe une grande partie de son temps et de son énergie. Au départ, rien n’indiquait que cette professeure d’université, mariée et mère de trois enfants, allait devenir l’initiatrice d’un projet d’enseignement en ligne pour les enfants défavorisés ou malades. Son amie enseignante Reem Khoury (qui était aussi une collaboratrice de L’Orient-Le Jour), atteinte elle-même d’un cancer, devait donner des cours aux enfants cancéreux à l’hôpital. Mais une récidive l’en a empêchée et Nayla Fahed a décidé, par amitié, de la remplacer. Ce fut le déclic. Non seulement elle n’a jamais oublié cette expérience, ni surtout cet enfant au visage lumineux qui lui a dit : « J’aimerais bien que vous veniez me donner des cours le dimanche. C’est si triste et si silencieux, un hôpital le dimanche », mais elle a aussi décidé de fonder une ONG : « Lebanese Alternative Learning » (Lal) et un site au nom ludique Tabshoura, pour fournir un enseignement en ligne aux enfants qui ne peuvent pas aller à l’école.

Il s’agissait d’abord d’en faire profiter les enfants malades, mais très vite, Nayla Fahed a éprouvé le besoin d’élargir son objectif à tous les enfants qui ne peuvent pas aller à l’école, tant elle a senti que les besoins sont grands. Elle a donc commencé à mettre ses idées sur papier et c’est Naji Ghorra, spécialiste des nouvelles technologies, qui a pris soin de les mettre en ligne. Dès lors, Nayla Fahed a mobilisé tous ses amis et connaissances pour mener à bien son projet. Mireille Nassif, fondatrice de MySchoolpulse, l’a aidée pour démarrer, tout comme la faculté des sciences de l’éducation de l’USJ lui a donné sa couverture ainsi que la possibilité de recruter des équipes parmi les enseignants. Nayla n’imaginait sans doute pas que son petit projet pouvait prendre une telle importance, mais la joie des enfants ainsi que le respect de leurs parents la poussent à vouloir qu’il touche le maximum d’élèves dans le besoin.

L’inscription et les cours sont gratuits. Ils sont aussi interactifs. Ce qui permet aux élèves d’être suivis. Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de permettre aux enfants malades d’apprendre au lieu de perdre une année scolaire à cause des traitements médicaux, mais aussi d’aider les enfants qui ont du mal à suivre le rythme scolaire ou ceux qui n’arrivent pas à réviser leurs leçons seuls. Certes, ce programme suppose l’accès à Internet et un ordinateur. C’est ce qui limite pour l’instant son utilisation. Mais Nayla Fahed estime qu’Internet n’est plus un luxe. Il fait de plus en plus partie du quotidien des Libanais. Tous les hôpitaux offrent désormais un accès à Internet à leurs patients. Même chose pour l’ordinateur qui est de plus en plus présent dans les milieux défavorisés. Mais là, Nayla a besoin de l’aide d’autres ONG pour pouvoir fournir le matériel, sensibiliser les écoles et établir une coopération avec les écoles publiques. Selon elle, le champ d’action de Tabshoura est immense, mais il faut des moyens. Et c’est ce qui malheureusement lui fait défaut. Elle a donc songé à établir un programme avec la Unicef pour les enfants syriens réfugiés au Liban, qui pourrait par la même occasion profiter aux Libanais… Pour elle, ce qui compte c’est de permettre aux enfants d’avoir un avenir meilleur car le savoir est un droit, tout aussi important que les autres, si souvent piétinés.

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